petitBonhommeLa communauté de communes du Centre Mauges (Maine-et-Loire) a profité de la modification de ses statuts en 2006 pour investir le champ culturel, afin de favoriser l’accès à la culture, en commençant par le développement de la lecture. Pour ce faire, et en réponse à une demande récurrente, elle a donné les moyens aux bibliothèques existantes de se mettre en réseau. Depuis quelques semaines, le prêt entre bibliothèques est ici devenu réalité…
La culture est rarement une priorité des politiques locales. Elle s’affirme au gré du temps… Les élus de la communauté des onze communes du Centre Mauges ont passé ce cap en 2006, à l’occasion d’une refonte des statuts de la communauté (créée en 1994, en transformation d’un SIVOM). « Favoriser l’accès à la culture » figure désormais parmi les quatre axes du projet de territoire. Parmi les actions lancées, la mise en réseau des bibliothèques du Centre Mauges, depuis l’été 2007. « Cela répondait à une demande aussi bien des professionnels que des bénévoles (nombreux à faire vivre ces bibliothèques, municipales ou associatives), pour à la fois davantage travailler ensemble et, surtout pour les petites structures, bénéficier d’un accompagnement pour dynamiser leurs structures », explique Mélanie Cesbron-Usureau, chargée de mission culture, enfance et jeunesse. Ce réseau repose sur deux axes : un fonds partagé (grâce à l’informatisation des ouvrages) et la création d’un poste de coordinatrice, pris en charge par la communauté.

Un logiciel commun pour la gestion des catalogues

Seule la médiathèque de Beaupréau et la bibliothèque de Jallais avaient déjà informatisé la gestion de ses livres. L’idée a donc consisté à proposer à toutes les structures d’adopter un même logiciel (mis à disposition par la communauté) pour informatiser les collections de chacune. Une formation des bénévoles et professionnels a été dispensée en amont. De même qu’une initiation (par le cybercentre de la communauté) au B.A.BA du maniement de l’ordinateur pour certains bénévoles, en majorité retraités, non aguerris à la souris et inquiets d’être débordés par la maitrise de cet outil… Le catalogage étant long et fastidieux, la communauté avait prévu d’embaucher pour cela, mais un agent a pu être affecté à cette tâche (entre deux changements de poste), pendant près d’un an. Le réseau des bibliothèques est constitué de dix bibliothèques « mais seulement neuf d’entre elles font partie du réseau informatique (l’une d’elles n’ayant pas souhaité s’informatiser) », précise Mélanie Cesbron-Usureau. Ce fonds collectif a été mis en ligne sur le site du réseau des bibliothèques ; permettant une consultation à distance, par tout habitant, adhérent ou non. Depuis le début de l’année 2009, le prêt entre bibliothèques est donc devenu effectif pour les 4.900 inscrits au réseau, soit plus de 20 % de la population. Chaque bibliothèque a accès à la totalité du fonds de toutes les bibliothèques. Les lecteurs peuvent se faire prêter des livres provenant d’une autre bibliothèque, sans avoir à s’y rendre. Un plus certain, notamment pour les 300 habitants de la seule commune ne disposant pas de bibliothèque. Dans cette commune, un dépôt de livres à l’école permet aux enfants qui y sont scolarisés, de bénéficier du prêt. Ce dépôt est géré conjointement par les professeurs des écoles et la bibliothécaire intercommunale.

Un fonds enrichi
Outre la circulation des ouvrages entre les différents bibliothèques, Hélène Denizard, la bibliothécaire intercommunale, est chargée de faire vivre ce réseau, et d’épauler les équipes : pour améliorer le classement, attirer de nouveaux lecteurs ou les fidéliser grâce à des manifestations, etc. Elle intervient également pour enrichir le fonds commun par des collections plus thématiques, souhaitées par les élus, comme un fonds « Anjou » (ouvrages en lien avec la région) ou le fonds « Ados » pour attirer les jeunes lecteurs (la sélection des ouvrages ayant été faite en partenariat avec des adolescents du centre social intercommunal). D’autres sont en cours : un fonds petite enfance (en lien avec le relais assistante maternelle), et sans doute prochainement un fonds « gros caractère ». Ces fonds sont mis à disposition à tour de rôle dans les  bibliothèques des communes.

Le fonctionnement du réseau doit s’adapter à la diversité des statuts des bibliothèques
Que les lecteurs puissent circuler d’une bibliothèque à l’autre, qu’ils empruntent ce qu’ils veulent, où ils veulent… Cet « idéal » n’est pas encore atteint. Comme le rappelle Mélanie Cesbron-Usureau, ces bibliothèques reposent fortement sur des bénévoles, « qu’il ne faut pas surcharger de réunions au risque de les démobiliser ». Ce qui implique une marche progressive. Alors que le réseau bouscule les pratiques et habitudes (comme l’obligation de passer à l’adhésion individuelle ; les anciennes adhésions famille n’étant pas compatibles avec le logiciel commun), il doit aussi s’adapter au mode de fonctionnement propre à chacun. « La coexistence de bibliothèques municipales et associatives est une force par la diversité des interlocuteurs, mais cela complique les choses dans l’organisation du réseau, dès qu’il s’agit de prendre une décision, chacun a des circuits différents, plus ou moins longs », reconnait Mélanie Cesbron-Usureau. La communauté de communes n’a qu’une compétence partielle, limitée au logiciel et à la bibliothécaire. Tarifs et conditions de prêt restent du ressort de chaque bibliothèque. De même que chacune reste propriétaire de ses collections et de son matériel informatique. La perspective d’une intégration plus poussée n’est pour l’heure pas du tout d’actualité. La volonté de « professionnaliser » et dynamiser les bibliothèques reste le moteur commun de ce réseau.
Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact justement sur une plus grande fréquentation des bibliothèques (la remise à plat des adhésions empêchant avant l’an prochain les comparaisons avec les années passées). Mais il est certain que les bibliothèques ont au moins gagné en notoriété, en devenant les acteurs clés d’une manifestation désormais annuelle, Lire en fête (lectures de contes), et en prenant part à des animations envers les jeunes ou les adultes lors du Printemps culturel, organisé chaque année en avril, le « temps fort culturel » porté par la communauté.
Le fonctionnement annuel du réseau des bibliothèques revient à 40.107 euros, comprenant le poste de la bibliothécaire intercommunale, le budget consacré à Lire en Fête, la maintenance informatique. L’investissement annuel (constitution des fonds intercommunaux) dédié par la communauté de communes est de 4.200 euros auxquels se sont ajoutées des aides du conseil général et du programme Leader.
Emmanuelle Stroesser, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

(1) Site internet du réseau des bibliothèques

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